Analyse de chanson

Pretty Good Year

jeudi 1er mai 2014, par Cécile Desbrun

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"J’ai dit à 100 gars que j’avais écrit cette chanson pour eux, ah ah !" - Paramount Theater, Oakland, CA 11/07/1996

"Dans tous mes voyages, je n’arrêtais pas de rencontrer des gens de 23 ans qui avaient l’impression que leur vie était finie... mais je pense que ça vient également du fait que je vis en Angleterre depuis deux ans. Personne n’est capable de raconter une tragédie comme les anglais. Mais il n’y a pas de pitié dans "Pretty Good Year". Je ne crois pas en la pitié dans cet album. Il parle de dépasser le stade où l’on est une victime. Cette fille n’est plus une victime. Elle essaie de prendre ses responsabilités, mais c’est un peu compliqué." (Schwann Spectrum, Printemps 1994)

La lettre de Greg

“Pretty Good Year” est la première chanson que Tori a écrite pour Under the Pink avant même qu’elle se rende dans la vieille hacienda du Nouveau-Mexique où elle a écrit et enregistré tout l’album. Elle a trouvé l’inspiration pour cette chanson après avoir reçu la lettre désespérée d’un jeune homme du nord de l’Angleterre, Greg. “Cette lettre m’est parvenue”, Tori a expliqué au Baltimore Sun en January 1994. “Elle a mis trois mois avant d’arriver jusqu’à moi. Elle est passée entre différentes mains et finalement, quelqu’un — je marchais dans la maison de disques entre deux concerts en Angleterre et quelqu’un l’a mise dans mon sac. Ils m’ont dit : "Tu sais quoi, Tori ? Cette lettre traîne ici depuis un moment. Prends la." Alors j’ai pris cette lettre, j’ai ouvert mon sac deux jours plus tard et je l’ai lue.C’était une image — il s’était dessiné, un dessin au crayon. Greg a les cheveux fins et des lunettes et il est très maigre et il tenait cette grande et belle fleur.” “Et il m’a écrit cette lettre qui m’a touchée en plein cœur en me disant qu’à 23 ans, tout était terminé pour lui", a-t-elle continué dans une interview pour Performing Songwriter. “Dans son esprit, il n’y avait rien. Il avait grandi et tous ses rêves, il ne semblait pas capable d’en attraper le bout. Vous savez, des fois, vous voyez ce cerf-volant et bon sang, il faut simplement que vous attrapiez la ficelle et le fassiez descendre pour voir ce qu’il y a sur ce cerf-volant. Eh bien lui, il n’arrivait pas à trouver un moyen de transformer ses rêves et visions en quoi que ce soit de tangible, excepté cette lettre."

Le fait que ce garçon avait perdu tous ses rêves et illusions a touché une corde sensible chez Tori, qui avait vu beaucoup de jeunes adultes masculins intelligents mais désenchantés pendant sa tournée.Cela l’a particulièrement frappée que cet état d’esprit touchait les garçons “bien plus que les filles, qui étaient plus à se dire : "Ah, les choses ne font que commencer." Pour les mecs, c’était fini. La meilleure partie de leur vie était derrière eux." [1]

Greg expliquait aussi que sa petite-amie l’avait quitté pour son meilleur ami et il était sûr qu’il devrait reprendre le travail de son père - le nord de l’Angleterre étant “là où vivent les ouvriers”, comme l’a dit Tori durant son concert du 20 mars 1994 à Seattle. “La plupart des mecs travaillent à la mine de leur père, ce genre de choses. Ils mènent une vie plus dure que les gens du sud, qu’ils détestent." Ce qui l’a amenée à penser à quel point la jeune génération des années 90 était bien plus désespérée que celle de leurs parents et cherchait désespérément à éviter l’engourdissement - ce qui était déjà le sujet central du “Smells Like Teen Spirit” de Nirvana que Tori a repris en 1992. “Il n’y a plus l’espoir qu’il y avait il y a quinze ans, par exemple", a-t-elle développé dans le Baltimore Sun. “Il y a ce sentiment général, qui est que la génération précédente est composée de menteurs. Ce truc du peace & love."Qui ça intéresse encore ce que tu as fait quand tu avais 18 ans ? Tu es un connard maintenant. Tu as 47 ans." Ils sont genre : "Qu’est-ce que ça peut foutre ? Je ne veux pas savoir ce que tu as fait, cette manifestation à laquelle tu as participé à 19 ans. Ils disent à leurs parents : "Ok, voyons si j’ai bien compris. Tu as participé à cette manif quand tu avais 18, 19 ans et tu me dis que je ne peux pas prendre la pilule ? J’ai 15 ans. C’est ma vie." "Mais tu es sous notre toit !" Ces jeunes ont l’impression que leurs parents sont des hypocrites. Parce-qu’ils ne se posent pas la question de savoir ce qu’ils ressentiraient s’ils avaient 15 ans."

Refuser l’auto-apitoiement

Dans la chanson, la narratrice tente de sortir Greg de la torpeur et l’auto-apitoiement dans lesquels il s’est réfugié tout en refusant de le prendre en pitié. “C’était le principal. Bien sûr, c’était la pire année de sa vie ; c’est une tragédie, cette chanson. Cependant... la pire chose que vous puissiez faire est de conforter quelqu’un dans sa pitié”, a-t-elle dit à B-Side. Cela ressort dans des paroles comme : “peut-être qu’une belle plage de sable fin te ramènera/ ou peut-être pas, alors maintenant que tu es parti, tu vas voir l’Amérique/ Eh bien, laisse moi te dire une chose à propos de l’Amérique" ” ou encore : “Lucy était jolie/ton meilleur ami a approuvé/Eh bien, c’était plutôt une bonne année tout de même.” Elle comprend totalement ce qu’il traverse mais refuse de le rabaisser en compatissant trop à sa souffrance et son désespoir.

Pour se ressaisir et aller de l’avant, il doit arrêter de se voir comme une victime et le ton détaché mais compatissant avec lequel Tori lui murmure "c’était plutôt une bonne année quand même est la meilleure aide qu’elle puisse lui apporter ; il devra faire le reste du chemin par lui-même.Peu importe ce que l’on traverse et à quel point cela est douloureux, cela peut vous donner l’occasion de grandir en tant qu’être humain et ce n’est pas "la fin du monde", d’autres ont traversé ce que nous vivons et nous le pouvons aussi si nous pouvons simplement dépasser l’engourdissement dans lequel la peur et/ou la dépression nous plongent. Ça ne sera pas gagné d’avance pour autant, la souffrance ne partira pas comme ça, mais c’est le premier pas qu’il faut faire pour commencer à guérir.

Under the Pink est un album qui parle beaucoup de “dépasser le stade où l’on est une victime"  [2] et guérir, ce qui est en partie la raison pour laquelle Tori pouvait se reconnaître dans l’histoire de Greg. "Je racontais l’histoire de Greg et celui-ci a touché la chanteuse que je suis à tel point que j’y ai mis ma propre histoire, ce qui était une belle surprise", a-t-elle ainsi révélé à Performing Songwriter. En effet, Tori a beaucoup dit en interview en 1994 que Little Earthquakes parlait d’ “éclore et de reconnaître les choses pour la première fois" (comme son viol), tandis que cet album cherchait à “s’éloigner de la perspective de la victime. Il dit qu’il n’y a aucune place pour l’auto-apitoiement parce-que vous pouvez changer les choses par vous-mêmes." [3]

Elle a reconnu qu’elle-même pouvait par moments s’adonner à un auto-apitoiement similaire au lieu de travailler sur ses problèmes. En dehors de ses problèmes d’intimité, qui sont une conséquence directe de son viol, elle a par exemple révélé comment un incident qui s’est produit durant l’enregistrement de l’album l’a profondément déprimée. “...à un moment, je pulvérisais du nettoyant dans une tasse et j’en ai inhalé par accident et ai développé une infection pulmonaire, ce qui veut dire que je ne pouvais ni parler ou chanter pendant trois semaines. Et j’ai vraiment cru que ma voix serait abîmée à jamais et j’ai dû prendre des leçons de chant au téléphone pour essayer de faire en sorte que la cortisone naturelle revienne dans mes cordes vocales. Je me disais : "Et si jamais je ne peux plus jamais chanter ?" Puis je pensais : " Si je ne peux pas chanter, à quoi bon être en vie ? Est-ce que cette personne vaudrait encore quelque chose ? Et il y avait des moments où la seule réponse à cette question était non et alors, je me réfugiais dans le même auto-apitoiement qui ressort dans la chanson "Pretty Good Year" et dans les paroles "Ils disent que tu étais quelque chose durant ces années d’apprentissage.’” [4]

Cet incident aurait pu être dramatique si sa voix avait en effet été définitivement abîmée - et assez ironique étant donné que son premier single aux Etats-Unis était “Silent All These Years”, une chanson sur le fait de trouver sa voix - mais elle a compris qu’elle devait dépasser cette épreuve et trouver sa valeur en elle-même. Dans la chanson, elle occupe une position différente : elle est la voix féminine et assurée qui chante au jeune homme perdu. “Jugez plutôt : dans "Winter", le père me chantait : "Quand vas-tu te décider ?/Quand vas-tu t’aimer autant que je t’aime ?" et dans "Pretty Good Year" sur le nouvel album, je chante au petit-ami : "Combien de temps cela va-t-il prendre avant que mon chéri aille bien ?" Il n’y a pas d’auto-apitoiement dans la chanson et pourtant c’est une tragédie. C’est une tragédie parce-que je ne peux rien faire pour qu’il s’aime. Je ne peux pas faire ça. Peu importe combien de fois je lui répéterai qu’il est un type bien, je ne pourrai rien faire pour lui. Etrange comme les rôles se sont inversés, n’est-ce pas ? [5] Dans le pont,sa voix résonne un peu comme le dernier cri inquiet de la petite-amie, la seule explosion émotionnelle directe au milieu des couplets mélancoliques mais sereins qui imprègnent le reste de la chanson. On ne peut pas vraiment dire qui est Tori dans la chanson : une simple narratrice extérieure ou la petite-amie qui est partie avec le meilleur ami de Greg, Lucy. “J’ai trouvé ça très amusant” , a reconnu la chanteuse qui assumait une dimension clairement auto-biographique dans les chansons de Little Earthquakes. “Ici, l’émotion vient de l’histoire de quelqu’un d’autre. Et pourtant, elle m’a touchée à tel point que j’ai pu la chanter. [6]

Comme la plupart des titres de l’album, “Pretty Good Year” est en effet très portée sur les personnages, avec l’apparition des noms de Greg et Lucy, ainsi que la présence de l’énigmatique “éternel laquais.” A propos de ce dernier, Tori a écrit les mots suivants dans le livre de partitions d’Under the Pink : “Faire du vélo de randonnée est devenu un événement majeur de ma vie pendant une semaine. La boue était très épaisse sur les pneus et nous sommes arrivés là juste à temps pour voir le dégel. Le son lorsque les deux ont fusionné donnait quelque chose comme "thclulpleekooh", ai-je dit lors d’une inspiration, sans bouger les lèvres ou utiliser ma gorge. J’aime ce mot. Et j’aimais l’idée de l’éternel laquais disant "hasta" sur son vélo de randonnée.”

Bien que de prime abord un peu cryptique, elle semblait vouloir dire que lorsque vous vous trouvez coincé dans votre vie, comme si vous étiez enfoncé dans la boue et que le moindre pas est douloureux, cela serait tellement plus simple et agréable d’arrêter de vous débattre, de prendre un vélo et de dire "hasta" à tous vos problèmes. Tori a parlé de ce genre de situation en termes littéraux dans le livre de partitions - elle faisait vraiment du vélo de randonnée dans la boue - mais l’image de l’éternel laquais est symbolique dans les paroles et représente la passivité et l’auto-apitoiement de Greg, qui a des “larmes sur [sa] manche” et “ne veut pas être un garçon aujourd’hui.”

Lucy et les rapports hommes-femmes

En ce qui concerne Lucy, la petite-amie infidèle, elle est un élément important de la chanson qui symbolise la manière dont les femmes traitent les hommes lorsqu’ils ne se trouvent pas dans la position de force qu’ils sont censés occuper. Bien qu’elle se reconnaisse dans l’histoire de Greg et soit “aussi Greg” d’une certaine manière, Tori a dû reconnaître qu’elle avait déjà agi comme Lucy par le passé.

“Une chose que je fais et que font beaucoup de femmes, c’est de dire : "Sois sensible, sois sensible, mais tu dois aussi être un "fournisseur", tu dois être capable de me faire jouir plusieurs fois d’affilée. Tu dois être très intelligent, créatif, profond et spirituel... Et tu dois être capable de me dominer, de me balancer contre un mur et me dire que tu m’aimes.”, a-t-elle résumé dans B-Side Magazine . “Maintenant, l’autre chose, c’est que cette chanson m’a forcée à regarder comment je réagissais lorsqu’un homme ne se respectait pas : qu’est-ce que ça me fait ? Ok, nous sommes patientes. Soyons honnêtes : nous sommes patientes pendant deux, peut-être trois semaines. Ensuite, qu’est-ce qu’il se passe ? Nous regardons l’ami qui l’accompagne. Nous, nous avons le droit de dire : "Oh, j’ai été licenciée et je traverse une période difficile et personne ne me comprend et ne me donne une chance", mais nous sommes gênées lorsqu’il s’agit d’un homme. C’est quelque chose que j’ai remarqué chez les femmes. Si vous êtes une exception, alors vous méritez une médaille.

“Mais la plupart du temps, on réagit en trouvant ça ridicule. Et c’est douloureux à reconnaître, parce-qu’on se dit : "Pourquoi ai-je besoin d’un héros ?" Pourquoi les femmes ont-elles besoin que leurs hommes soient des héros et non leurs égaux ? Nous disons que nous voulons l’égalité ? Alors arrêtons de faire d’eux des héros et faisons d’eux nos égaux. Nous voulons toujours qu’ils soient plus. Nous ne voulons pas voir leurs faiblesses. Nous ne voulons pas les voir trembler et se faire dessus. Mais c’est ce que nous faisons ! Nous nous chions dessus !

“Mais nous devons nous montrer justes. Nous ne sommes pas justes. Nous sommes vraiment amères, mais nous devons être justes car nous n’allons nulle part comme ça. Nous pouvons toujours continuer à les mettre à genoux pendant les mille ans qui viennent... Oui, nous pourrions prendre notre revanche. Mais nous ne faisons rien, nous devenons juste ce qu’ils sont. Et ils ne veulent plus être ça, du moins ceux qui se réveillent. Et ce sont eux qui comptent vraiment, parce-que ce sont eux qui vont changer la planète. Il y aura toujours les limaces qui restent vissées au canapé, mais ils n’ont pas d’influence ; ils se contentent de péter et de remplir l’espace. Ils polluent. Mais les types qui vont vraiment provoquer des changements sont ouverts, ils sont là !”

Se venger des hommes pour la manière dont ils ont traité les femmes pendant des centaines d’années est un point important puisque Tori a affirmé en interview que “’Pretty Good Year’ est vraiment la deuxième partie d’"Ode To The Banana King." [7] En effet, comme Tori l’a souligné dans la même interview, le nom de Lucy apparaît dans les deux chansons. Et qui était Lucy dans cette B-side de Little Earthquakes ? Une femme qui séduit et utilise les hommes pour se venger de leur comportement et de la manière dont le patriarcat dans son ensemble a rabaissé les femmes.

Comme le patriarcat a divisé les femmes en vierges ou putes, les dernières étant lourdement stigmatisées par les hommes qui ressentent quand même du désir pour elles mais les traitent en objets sexuels, les femmes comme Lucy tournent cette faiblesse et cette stupidité contre eux en faisant semblant d’être les putes soumises que les hommes et la société s’attendent à ce qu’elles soient. Et dans “Ode to the Banana King”, Lucy “sert le melon froid” (comme “la vengeance est un plat qui se mange froid”) et pose la tête des hommes sur son plateau. L’ironie étant que tandis que de tels machos prétendent que les femmes sont des manipulatrices soi-disant responsables de leur chute (pensez à la notion de “péché originel”), ils sont ceux qui ont créé des femmes comme Lucy... et ils doivent prendre leurs responsabilités, qu’ils nient la plupart du temps.

D’un autre côté, ce qui ressort dans “Pretty Good Year” et ce que Tori a essayé d’expliquer dans les interviews citées, c’est que les femmes doivent aussi assumer leur part de responsabilité dans le comportement qu’elles ont. Même si elles ont été victimes du comportement des hommes par le passé, se raccroche à ce statut de victime pour justifier leur cruauté les rend aussi "pourries" que les "méchants". On ne peut pas obtenir son pouvoir en faisant ramper un être humain à ses pieds. Maintenant que les hommes sont plus sensibles et conscients de ce que ressent leur petite-amie, des filles comme Lucy devraient êtres capables d’éprouver de la compassion à leur égard au lieu de les plaquer face contre terre. Sans ça, la violence n’a pas de fin et guérir est impossible.

En ce sens, faire de “Pretty Good Year” le titre d’ouverture d’Under the Pink était le choix le plus cohérent puisque guérir de la violence qu’elle a connue en tant que femme violée mais aussi en tant que femme élevée dans un environnement chrétien conservateur est un thème essentiel des histoires qui sont racontées tout au long de l’album. Le morceau final, “Yes, Anastasia”, se révèle être un final idéal et un parfait contre-point à “Pretty Good Year” étant donné qu’il parle de l’histoire sanglante des femmes aux mains des hommes et du pouvoir en place au travers du destin tragique de la fille du tsar Nicholas II, Anastasia Romanov... tout en épinglant les femmes pour le comportement qu’elles ont entre elles et en essayant de trouver un moyen de guérir spirituellement et sexuellement.

En tournée, Tori chante très rarement la chanson, habituellement plutôt vers la fin de la tournée, pour dire au revoir à ses fans avant la sortie de son prochain album. “Je l’ai seulement jouée deux autres fois pendant la tournée [ de Scarlet’s Walk]“, a-t-elle expliqué dans le kit électronique de Tales of a Librarian. “Je parle de 150 concerts et, encore une fois, à cette période,"Pretty Good Year" était notre façon de nous dire au revoir, aux musiciens, des gens que j’ai aimé et avec lesquels j’ai vécu pendant de nombreux mois, et durant une année marquée par la guerre, où nous avons perdu des amis.”

Sources

The Baltimore Sun, 30 janvier 1994

Schwann Spectrum, Printemps 1994.

Entertainement Weekly, 18 février 1994.

Hot Press, 23 février 1994.

Creem, mars 1994.

The Baltimore Sun, 30 janvier 1994.

Beat Magazine, juillet 1994.

Tales of a Librarian, Kit électronique pour la presse (interview vidéo)


[1The Baltimore Sun, 30 janvier 1994

[2Schwann Spectrum, Printemps 1994.

[3Entertainement Weekly ; 18 février 1994.

[4Hot Press, 23 février 1994.

[5Creem, mars 1994.

[6The Baltimore Sun, 30 janvier 1994.

[7Beat Magazine, juillet 1994.